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16/09/2010

La caverne de la bureaucratie de Platon

 A lire aussi la corruption bureaucratique chronique.

Service des contributions de Doetinchem De Hutte Holding                                                             
À l’attention de M. X.X Xxxxxxxxxx p/a Roquetaillade
Boîte postale 9024 12490 MONTJAUX
7000 HE  DOETINCHEM Pays-Bas France

 

                                                                        Roquetaillade, le 6 avril 2007

Votre référence : 64.57.602 (Ne s’agit-il pas plutôt de : 64.57.502 ?)
Votre courrier du : 26 mars 2007

Objet : Opposition concernant l’avis d'imposition numéro 64.57.502.V.70.0112

Cher Monsieur,

J’ai bien reçu cette semaine, le 3 avril, votre courrier du 26 mars dernier et je vous en remercie. Le problème évoqué dans l’opposition ne doit pas être sous-estimé ou comme vous l’écrivez : « Le problème que vous abordez est un problème qui dépasse le cadre de cette opposition. » Vous avez entièrement raison, dans un certain sens : ce problème ne devrait pas être déposé sur votre bureau. Il devrait plutôt être soumis à une cour constitutionnelle ou une autre instance juridique en charge de contrôler et d’examiner les questions relatives à la constitution.

Parallèlement, la problématique abordée dépasse le contexte néerlandais et même européen. Donc, tôt ou tard, la question se posera de savoir s’il existe une instance publique indépendante capable d’étudier objectivement s’il est juste de demander et de payer des intérêts, pour ne pas parler de légiférer sur cette question.

Car :

  1. Comment mettre quelque chose en discussion lorsque l’on en est soi-même dépendant et que l’on y est simultanément soumis ? Comment dénoncer quelque chose, lorsque l’instance qui doit juger la question en dépend elle-même pour sa survie financière ?

  2. Comment dénoncer quelque chose lorsque, d’un côté, cette chose entretient et nourrit des millions de familles, mais que, d’un autre côté, elle exclut et place en situation de dépendance des milliards d’autres personnes ?

  3. Pouvons-nous nous ouvrir nous-mêmes à la prise de conscience et à la responsabilité, ou ne pouvons-nous qu’accuser les autres ? Ce dernier point est par ailleurs logique, dans un monde qui croit à la concurrence mutuelle et au profit de papier.

  4. Comment pouvons-nous parler ouvertement et sur un plan d’égalité de la justice, alors que la foi dans la concurrence, le profit et la croissance sont devenus plus importants que le respect de l’être humain, de la société et de la planète sur laquelle nous vivons ?

  5. Comment mettre quelque chose en discussion alors que, inconsciemment, nous trouvons désormais normal de placer et de maintenir des personnes en état de dépendance, au sein de la politique, des relations commerciales, de la justice et de la religion ?

  6. Existe-t-il encore quelqu’un ou quelque chose, dans l’absolu, qui soit responsable au sein de la société néerlandaise et européenne, alors que nous estimons désormais économique d’être concurrents les uns des autres ? Qui est alors responsable de l’intérêt général ou commun et de l'indépendance individuelle ?

Dans votre courrier du 26 mars dernier, vous indiquez : « Si vous souhaitez modifier la loi ou, d’une manière plus générale, influencer les développements sociaux, vous devrez, dans notre système actuel, convaincre de vos points de vue une majorité parlementaire. »

« Modifier la loi » n’aurait que peu de sens : le défi serait bien plus grand de pouvoir et de parvenir à vivre « dans l’esprit de la loi » et donc de créer des conditions pratiques à cet effet. Nous créons aujourd’hui des centaines de règles et de lois pour que « tout le monde soit content » et pour tenter de rectifier ce qui est faux depuis le début.

Car quelle est l’origine de notre excès de lois et de règles ? Le « payeur d’intérêts » A (EURL Petit Château de Roquetaillade Aveyron) est moins bien protégé par la loi que le « demandeur d’intérêts » B (de Hutte Holding BV). Nous avons ainsi inconsciemment fait de la bureaucratisation de la société la priorité principale de l’économie. Ce faisant, nous avons enfermé l’économie (et la politique) dans un univers bidimensionnel de croissance et de profit de papier qui n’est pas capable de distinguer par lui-même les priorités sociales : le profit est le profit, quelle que soit son origine.

Prenons un exemple. Amateur de football, j’aime regarder parfois une rencontre, j’apprécie l’intensité de la compétition, le public afflue, le stade est comble, tout ceci est bon pour l’économie (pour son approche actuelle). Mais d’un point de vue d’économiste, il ne s’est rien passé : nous nous sommes amusés et voilà tout. Donc réduire l’économie à une priorité bidimensionnelle comporte en soi le risque que l’être humain s’éloigne de la réalité. Et c’est précisément ce que nous voyons aujourd’hui dans le monde dans lequel nous vivons, le sentiment de n’avoir aucune prise sur notre existence et d’être impuissant à changer quoi que ce soit de manière positive.

Vous écrivez que je dois m’adresser au parlement, mais ils me répondront : « Nous sommes un petit pays et nous n’avons pas voix au chapitre, sur ce point ». Si nous nous adressons au niveau européen, la réponse sera la même : « Ceci nous dépasse et ne peut être examiné qu’à l’échelle mondiale. » L’Organisation des Nations Unies ? Un espoir de solution ? Non, car nous sommes des concurrents (potentiels) donc nous continuerons de lutter pour notre propre survie individuelle, c’est-à-dire dans une réaction de crainte. Est-il possible qu’un développement constructif perce d’une telle situation ?

Non, car lorsque nous sommes des concurrents, aucun dialogue franc et équilibré ne saurait jamais avoir lieu, et la confiance mutuelle disparaît entièrement, lentement mais sûrement. Le mécanisme qui se trouve à la base de cette situation est notre foi dans le profit. Cela signifie que nous créons aussi automatiquement des perdants. Efficacité humaine et économique ?


La caverne de la bureaucratie de Platon

 caverne platon.jpg

 

 

 

 

 

A travaille, entreprend et emprunte pour obtenir son argent, B reçoit de l’argent sous la protection de la loi (ce qui signifie en pratique que la loi elle-même produit de l’argent, est-ce un miracle ?).
Dans cette situation, A et B se maintiennent eux-mêmes et mutuellement prisonniers, la sortie C ne pouvant plus être trouvée, même si nous le voulions vraiment.

Peut-on parler d’égalité des chances, de justice et d’économie viable ou plutôt de vulgaire abus de pouvoir bureaucratique institutionnalisé ?

Les pouvoirs publics, au lieu de veiller à l’intérêt général, sont inconsciemment devenus des « chefs de maffia », mettant en jeu de manière chronique la sécurité et la confiance mutuelle dans la société, protégeant la bureaucratie insensée contre une démocratie à fonctionnement indépendant au quotidien, un État de droit responsable et un cadre de vie plus sain.

!!!!!!!!!

L’avis d'imposition est fondé sur un bénéfice trop élevé, se constituant d’une illusion bureaucratique, d’un levier arithmétique : intérêts, profit, dividende, etc. L’illusion qui nous a éloignés de la réalité. C’est une situation face à laquelle nous ne pouvons pas nous réfugier derrière une majorité parlementaire ou des centaines de lois et de règles en compensation après-coup. Car la loi n’est pas respectée actuellement, notamment l’article 1 de la constitution néerlandaise.

Article 1
Tous ceux qui se trouvent aux Pays-Bas sont, dans des cas égaux, traités de façon égale. Nulle discrimination n'est permise, qu'elle se fonde sur la religion, les convictions, les opinions politiques, la race, le sexe ou tout autre motif.
 
La discrimination et l’apartheid économiques constituent les moteurs du système politico-économique actuel, avec soi-disant les pouvoirs publics comme décideur politique impartial et le système juridique comme arbitre indépendant. Mais en choisissant la concurrence mutuelle, les pouvoirs publics choisissent inconsciemment les vainqueurs. Plus d’impartialité, plus d’indépendance, plus de responsabilité individuelle et collective. Ne sommes-nous que des gardiens du système ou tentons-nous de manière libre et autonome, depuis la fonction que nous remplissons, de contribuer à l’assainissement d’une société qui s’efforce d’installer la justice ? Car, quelle que soit notre position, modeste manœuvre-balai, fonctionnaire ou premier ministre, c’est là que commence la démocratie et nulle part ailleurs, quoi que veuillent nous raconter et se raconter ces messieurs-dames de la politique.

Votre intention de rejeter mon opposition est humainement compréhensible, mais elle illustre bien la prison sociale que nous avons créée, dans laquelle le système prend les décisions pour l’être humain qui ne peut que surveiller le système et ainsi méconnaître ses propres possibilités de contribution, abandonnant derrière lui à tout jamais la démocratie et l’État de droit. Bien entendu, le problème soulevé par cette opposition doit en définitive être évoqué au parlement également, mais lorsque les personnes ordinaires déplacent les responsabilités vers la démocratie institutionnelle, cela signifie que les racines de la démocratie au quotidien, celle des personnes, pour les personnes et par elles, sont au plus mal.

Cette opposition a pour but de démocratiser l’économie, de la libérer de sa prison bureaucratique bidimensionnelle. Elle ne cherche donc pas à modifier la loi, mais aspire à ce que nous la prenions au sérieux. Que les choses soient claires : je ne suis pas d’accord avec votre intention de rejeter mon opposition, protégeant la bureaucratie aux dépens de l’esprit d’entreprise libre et intégral au service de la société. On pourra bien en rire, et surtout rire de nous-mêmes et de notre jeu de cache-cache bureaucratique.

Cordialement,

De Hutte Holding BV
Peter Hoopman

 

 

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