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11/10/2010

La résurrection de l’esprit de la loi,.. ou déclaré mort? (4)

 La premier, deuxième et troisième parti.

Lorsque nous abandonnons le pouvoir de manière collective au profit d’une hypothèse, une hiérarchie du pouvoir finit par naître des conformités aux lois de cette hypothèse. Que nous le voulions ou non, un monopole de pouvoir en résultera, en l’absence d’une correction par les personnes elles-mêmes ou par le système juridique. Quelle que soit la forme de l’hypothèse d’origine, le danger est que le pouvoir se centralise aux dépens de la diversité et de l’indépendance (autonomie) de l’individu au sein de l’ensemble.

Le pouvoir doit donc être vécu de manière décentralisée par chaque personne, de la manière la plus large possible dans la société. Ceci n’est possible que si les personnes peuvent se retrouver dans une base commune. Cette base commune ne pourra jamais naître de la concurrence mutuelle, dans laquelle on nous demande de vivre aux dépens de l'autre dans un monde se remplissant toujours davantage. Le profit est ensuite écrémé, afin soi-disant de rétablir l’équilibre. Ceci ne pourra jamais créer un lien commun entre les personnes et nous sommes devenus les jouets des conditionnements et des structures du pouvoir. Le pouvoir institutionnalisé du monde financier et la servilité des pouvoirs publics et de la société qui en découle figurent donc bel et bien dans ce pourvoi en cassation pour y être débattus et jugés.

Pourquoi notre démocratie fonctionne-t-elle si péniblement ? S’il est réellement si économique6 de se faire une concurrence mutuelle, c’est peut-être la plus grande bêtise que puisse faire un être humain que de déléguer son pouvoir à quelque chose qui prétend le représenter. Nous savons alors, d’avance, que nous en serons pour nos frais. Je ne suis pas opposé à une démocratie déléguée, mais elle doit pouvoir fonctionner dans l’intérêt de la société. La démocratie déléguée est également elle-même prisonnière, par exemple d’une obligation de remporter des élections, de gagner un débat ou de vendre un message sous une autre forme dans l’espoir que l’électeur jugera cette nouvelle forme plus attrayante, plus sympathique ou simplement meilleure. Mais ce faisant, nous nions continuellement la base, en termes juridiques la constitution, dans laquelle tous les hommes sont égaux et mutuellement responsables. Cette « obligation de réussite » dans le contexte actuel est et demeure une illusion. La vente ou la préservation d’une illusion bureaucratique, résultant en un leurre socio-libéral dans lequel les socialistes veulent que l’illusion bureaucratique fasse le bien pour tous et les libéraux estiment que cette illusion est bénéfique à l’individu qui a créé l’illusion bureaucratique. Ils tournent ainsi indéfiniment autour du pot, sabotant l’opinion de l’autre au lieu de rechercher un consensus, la mise en pratique de la base commune, c’est-à-dire en termes juridiques la constitution et la Convention européenne des droits de l'homme. Tant que nous ne les mettrons pas en pratique, nous aurons besoin de toujours davantage de lois et de règles nouvelles en compensation, mais en définitive rien ne change4.

C’est la tâche de la politique que de formuler des lois, des règles et des cadres clairs, la constitution étant à mes yeux l’élément le plus important. Mais ceux-ci doivent être mis en pratique par les personnes, quelle que soit leur place dans la société. L’union des personnes et l’expérience de la responsabilité individuelle et collective constituent la tâche la plus essentielle des pouvoirs publics. Ceci n’est possible que si le pouvoir délégué des citoyens aux pouvoirs publics revient à la société pour y être mis en exécution par les personnes (y compris les pouvoirs publics !), afin de créer des conditions préalables pour la société. Ce n’est que de cette manière qu’il sera possible de combler le fossé séparant les citoyens et la politique.

 

L’institutionnalisation du pouvoir constitue le principal danger pour le respect de la constitution. Dans son livre The wisdom of crowds (que l’on pourrait traduire par « la sagesse des foules »), James Surowiecki détermine d’une manière originale les conditions nécessaires à l’avènement d’une démocratie :

Facteurs nécessaires à la sagesse des masses : diversité, indépendance, décentralisation et agrégation (coordination, un système transformant les décisions individuelles en une décision collective.)

En tant que phénomène autonome, le pouvoir ne veut pas en entendre parler. Considérés depuis l’œil du pouvoir, la démocratisation et l’État de droit ne sont rien d’autre qu’une forme d’anarchie qu’il faut immédiatement étouffer dans l'œuf. Ce pourvoi en cassation a pour objectif et défi de mettre en accord la hiérarchie (une chose normale dans une société), et donc également le pouvoir, avec la justice et la démocratisation. L’autorité naturelle des pouvoirs publics pourrait ainsi se rétablir.

Il n’est certes pas toujours facile d’être à ma propre place dans cette procédure, mais je n’aurais certainement pas trouvé plus facile de siéger à la Cour pour prononcer un jugement juste sur le problème que j’ai soulevé. Détourner les yeux ne serait pas la solution pour moi, mais plutôt formuler un jugement dans lequel la justice l’emporte et simultanément crée de l’espace, de telle sorte que les personnes sentent qu’elles sont importantes et qu’elles peuvent de nouveau prendre les rênes grâce à la collaboration locale et internationale et de nouveau avoir prise sur leur existence en relation avec les autres. J’ignore si un tel jugement peut exister, qui tienne compte de chaque citoyen dans la société néerlandaise, sans que la crainte ne l’emporte sur l’espoir. Sans que la frustration et la haine ne l’emportent sur le réalisme et la créativité. C’est pourtant bien ce que j’ai demandé à la Cour : qu’elle prononce un tel jugement. Dans une société déjà abandonnée comme la nôtre, nombreux sont ceux qui ressentiraient ceci comme une sorte de double trahison et se sentiraient encore plus abandonnés qu’à présent. C’est la haie exigeante et le paradoxe apparent que nous sommes contraints de vaincre, du moins si nous croyons encore en la démocratisation et l’État de droit.

 

 

La jugement de la Cour Suprème Néerlandais (1)

 

Suite 5

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