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17/10/2010

La résurrection de l’esprit de la loi,.. (5)

 Premier, deuxième, troissième et quatrième parti.

Le message ennuyeux serait que la pomme que nous avons apportée au marché n’est pas une pomme plus dix pour cent, par exemple, mais simplement cette pomme, ni plus ni moins. Cela signifie que, de bas en haut dans la hiérarchie, nous devons renoncer à la récompense bureaucratique, au levier arithmétique et à la corruption comptable dont nous sommes devenus tellement dépendants et qui ont entièrement dégradé nos communications mutuelles et qui, ce qui est plus grave encore, les ont rendu impossibles dans de nombreux cas. Cette situation a conditionné et technocratisé nos pensées et nos actes dans une large mesure, nous plaçant dans deux univers différents : un dans lequel nous savons pertinemment qu’une pomme est une pomme, mais également un autre dans lequel une pomme est une pomme plus ou moins dix pour cent, sous l’influence de ce que nous appelons le libre-échange. Quel que soit le temps que nous passions à analyser cette situation ou à en débattre, nous avons ainsi jeté de la poudre bureaucratique aux yeux des autres et à nos propres yeux et, au bout du compte, les arbres nous cachent désormais la forêt, à nous-mêmes, aux économistes et aux politiques. De ce fait, chacun défend une idée différente du monde et essaie d’en convaincre les autres, avec toutes les conséquences que cela implique. La crainte règne, divise et régit de haut en bas, créant une société fragmentée, sans liens mutuels.

Continuons-nous de détourner les yeux, lorsque nous donnons au système son pouvoir et que nous acceptons avec empressement son aumône bureaucratique en guise de remerciement ? Est-ce l’essence de l’être humain prenant conscience de lui-même au sein de l’ensemble ? L’être humain a aujourd’hui mis sa conscience en solde pour une grande part, parce que les mécanismes du pouvoir l’exigent de lui dans une très large mesure. Et en effet, il faut être très fort pour pouvoir y résister. Ce n’est pas ce que les pouvoirs publics encouragent particulièrement et nous voulons en définitive en être récompensés (c’est-à-dire rester dépendants !). La récompense bureaucratique que nous repoussons devant nous comme notre dette.

Je ne puis qu’espérer que la Cour suprême trouvera le courage juridique de donner à nouveau un contenu à la lettre de la loi7 en mettant en œuvre l’esprit de la loi8 dans son contenu et de manière juste, au service de la société.

L’esprit de la loi ne peut que très difficilement être mis en œuvre dans une société et une économie de concurrence mutuelle et exige d’incroyables efforts de la part des personnes impliquées pour pouvoir évoluer dans le sens d’un équilibre dynamique et juste. Les « gagnants » s’approprient consciemment ou non plus de droits que les « perdants » : ce n’est pas pour rien qu’ils ont gagné. Les gagnants protègeront ensuite leurs acquis (politiques, économiques, bureaucratiques et/ou juridiques) et les intentions du principe d’égalité sont ainsi liquidées de manière chronique et de fait rendues irréalisables.

La concurrence mène au bout du compte à un apartheid économique, le Mur de Berlin
qui se trouve surtout dans notre psyché, qui assure la communication dans une hiérarchie surtout de haut en bas et souvent orientée de façon partiale vers l’exercice du pouvoir (domination, recherche du profit, etc.). La communication de bas en haut est de ce fait souvent ressentie comme fâcheuse et comme un frein à l’exercice du pouvoir et au profit potentiel. La concurrence barre la route à l’intégration sincère et à la participation des individus, elle crée en définitive une hiérarchie fermée, servile et sans différences, au lieu d’une hiérarchie ouverte et dynamique, apte à permettre l’épanouissement des individus.

Sommes-nous par exemple capables, au sein d’une hiérarchie basée sur la concurrence mutuelle, au moment décisif, de mettre en question notre propre fonctionnement ? C’est la question et le défi auxquels chacun est confronté au sein de la société, quelle que soit sa position. Une question et un défi dont le directeur général du fisc ne semble pas conscient, puisqu’il fait appel à la constatation de la Cour qui note que :
« dans les relations d’affaires, pour la mise à disposition de capital, des intérêts sont demandés et que ceci n’est contraire à aucune règle de droit nationale ou internationale ». Sans aucune remarque ni nuance. Est-ce la crainte de sanctions de ses supérieurs, enfermés dans la tour d’ivoire du pouvoir ? Est-ce une conscience asphyxiée par la carrière, sous le couvert de préceptes tels que : les choses sont ainsi, les ordres sont les ordres et nous ne nous posons pas de questions à ce sujet ? Sans doute n’y a-t-il jamais réfléchi en ce sens, inconsciemment, sans connaître la place et l’indépendance par rapport au système qu’une personne est capable et en droit de prendre. L’obéissance au système et le respect des mœurs dominantes sont plus confortables et entraînent moins de confrontation.

Dans une bureaucratie et une économie de la concurrence, c’est le pouvoir qui importe (l’avance), et non la responsabilité : nous la rejetons dans l’ensemble abstrait. Il est clair que les pouvoirs publics se sont ainsi placés dans une situation impossible, perdant de ce fait une grande part de l’autorité naturelle, au fil du temps. C’est l’élément central qui doit figurer dans le jugement et l’analyse de ce pourvoi en cassation : l’équilibre et la synthèse au sein d’une société entre le pouvoir et la responsabilité. Aujourd’hui elle est presque entièrement orientée sur le raisonnement aveugle en termes de pouvoir5. C’est une suite logique de la concurrence mutuelle : il faut survivre de manière individuelle. Prendre ses responsabilités dans ses propres actions par rapport à l’ensemble constitue souvent un poste de coûts et une confrontation difficiles que nous essayons d’éviter ou de dissimuler sous le tapis, afin de protéger le flux des profits ou de favoriser notre carrière.

Les défis sociaux s’accumulent de ce fait, entraînant une hausse9 astronomique de la dette collective, car plus personne n’est responsable ou coresponsable de la société dans son ensemble. Les pouvoirs publics se retrouvent assis entre deux chaises. Nous souhaitons bien entendu intervenir, mais neuf fois sur dix des mesures réelles iraient à l’encontre de l’influence ou des profits de quelqu’un ou de quelque chose. Nous nous chamaillons donc aussi longtemps que possible, jusqu’à ce que nous intervenions. Le slogan à la mode de croissance durable9 ne pourra pas non plus changer cette logique, tant que la concurrence mutuelle et la croissance resteront les principes économiques essentiels : vivre à la charge des autres. Dans un tel contexte, les pouvoirs publics doivent continuer ainsi car nous ne pouvons pas mettre en question le flux des profits dans une situation dans laquelle la recherche du profit constitue la principale activité économique. Mais en fait, nous jouons ici surtout à cache-cache en tant qu’être humains, en repoussant de manière chronique les réels défis sociaux. La simple création d’une société à responsabilité limitée illustre dans toute sa simplicité le compromis affreux et n’apportant aucune solution qui tente d’une part de promouvoir le profit et, d’autre part, de fuir10 la responsabilité.

 

Suite 6

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