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03/12/2013

L'essence de la démocratie (II) par Peter Pappenheim

 

Le premier parti vous trouverai ici (also an english and a dutch version)

 

2- COMMENT CELA A-T-IL COMMENCÉ ?

 

La première tentative de démocratie est née dans la cité-état d’Athènes, au 5e siècle avant JC, comme une alternative aux tyrannies, au pouvoir personnel basé sur la force. L’institution politique centrale d’Athènes fut l’Assemblée ouverte à tout citoyen mâle adulte (femmes, esclaves et étrangers n’étaient pas citoyens) et habituellement suivie par 5 à 6000 citoyens. Par simple vote majoritaire, l’assemblée pouvait prendre une décision sur virtuellement chaque problème domestique, sans aucune restriction légale. Les dirigeants de l’assemblée n’étaient pas élus, mais choisis par tirage au sort. Il n’y avait pas de constitution, donc tout était ouvert aux factions et à la manipulation par d’habiles ou éloquents orateurs, ce qui en deux siècles à conduit à son expiration.

La plus ancienne entité politique née d’un accord volontaire – une précondition d’une démocratie - se situe en Suisse. Elle naquit dans une Europe médiévale féodale, en état constant de guerres entre les divers contes ou ducs, portés à accroître leurs biens et leur pouvoir, surtout durant le règne d’un roi faible. Au printemps 1291, la royauté solide de Rudolph s’éteignit lors de sa mort. Craignant la perte de leur liberté, les hommes libres de trois vallées (cantons), Uri, Schwyz et Unterwalden, se rassemblèrent le 1er août 1291 dans une prairie sur le Rutli et jurèrent de s’unir pour défendre leur indépendance contre toute menace. L’accord fut couché sur un document - de Bundesbrief - qui fut ainsi le premier contrat démocratique, long d’une page. Pour garantir la paix entre eux et prévenir la domination d’un des participants sur les autres, à tous fut accordé égale autorité dans toute décision, et en ce sens cet accord était démocratique. Les cantons pouvaient librement décider sur tous les points non spécifiés dans le contrat. Sans autorité centrale, il ne s’agissait pas d’une nation, seulement d’une confédération.

 

Chacun étant tenu de respecter les lois des autres cantons et d’aider, pour renforcer leurs lois, à punir ceux qui les violaient, même ceux qui auraient cherché refuge chez eux. D’autres communautés voisines réalisèrent la valeur d’un tel pacte et peu à peu rejoignirent les trois cantons d’origine jusqu’à atteindre le nombre final de 22, définissant une entité appelé Suisse.

Mais ce n’était pas encore une démocratie selon nos conceptions actuelles. L’égale autorité ne concernait pas tous les habitants, seulement les “hommes libres” : propriétaires fonciers, chefs de municipalité, titulaires de fiefs et d’autres privilèges qui défendaient jalousement leur autorité et le droit de s’occuper de leurs propres affaires.

Le reste, la majorité, dépendait d’eux et n’avait rien à dire dans les affaires publiques. Ils n’étaient pas libres. À l’intérieur, les cantons maintenaient un ordre féodal, essentiellement conservateur. Et, souvent, il y avait des troubles. Par essais et erreurs, la confédération apprit que la volonté de former une communauté défensive de cantons pour respecter leurs lois respectives ne suffisait pas. Pendant des siècles, l’exportation principale de la Suisse fut celle de mercenaires, trempés dans la dure vie des montagnes.

 

Les souverains étrangers étaient avides de louer des suisses pour leurs batailles et, pour bénéficier de ces mercenaires, ils entretenaient des rapports avec des cantons spécifiques. Un canton pouvait ainsi se trouver en conflit avec un autre. La menace d’effondrement de la confédération leur appris une première leçon : la nécessité d’une politique étrangère commune qui n’opposerait jamais un canton contre un autre : une stricte neutralité. À cette époque, une autre menace émergeait : la religion. À peu près partout en Europe, l’autorité politique était liée à l’autorité spirituelle. Le premier Moyen Âge a été déchiré par des conflits et même des guerres entre le Pape et les autorités séculaires. Puis vînt la Réforme. En plus du luthéranisme, un autre mouvement réformateur fut fondé dans l’est de la Suisse, par Zwingly. Trois différentes fois luttaient ainsi pour la domination spirituelle dans la confédération. Les différences religieuses ne sont pas négociables : le résultat fut une guerre civile. Cela apprit à la Suisse une autre leçon : être neutre aussi en matière spirituelle. Il leur restait encore à apprendre la leçon finale. On ne peut être à moitié démocrate. Le nombre important des hommes ‘non-libres’ et souvent exploités entraîna des révoltes qui furent écrasées, quelques fois violemment.

Ailleurs, à commencer par John Locke à la fin du 17e, les philosophes des Lumières posèrent les fondements conceptuels de la démocratie sur lesquels se bâtit l’indépendance américaine et la Révolution Française, ouvrant un nouveau chapitre dans l’histoire politique mondiale. Les français pendant quelque temps occupèrent la Suisse et y installèrent un gouvernement central et le Code Napoléon moderne. Cela engagea la Suisse dans une aventure nouvelle : former un État démocratique réel avec un gouvernement central, en intégrant la participation au contrat de tous les citoyens.

Comme il fallait le consentement de tous les 22 cantons, la transformation de la confédération d’origine d’esprit féodal en une démocratie moderne fut lente et pénible.

Elle est restée une coalition de communautés jalouses de leur autonomie. Seulement les problèmes qui ne peuvent être solutionnés au niveau local sont référés au plus haut niveau, habituellement après de longues négociations. Dernière de toutes les démocraties, la Suisse accorda aux femmes les droits actifs et passifs de vote en 1959.

Mais le résultat a valu la peine : malgré la diversité de ses habitants (quatre langues différentes), il engendra un fort sens civique. Les citoyens sont profondément engagés dans les politiques, et l’État comme le gouvernement jouissent toujours encore d’un sentiment de légitimité que les politiques ont perdu dans maintes autres démocraties de l’Ouest. Comme le dit Micheline Almy-Rey, récente présidente de la Suisse : “Nous sommes une nation par volonté. Non parce que du même groupe ethnique ou partageant une même langue et culture. Non, nous sommes suisses parce que nous voulons poursuivre ensemble nos intérêts.” La Suisse est vraiment une entreprise commune et volontaire de tous les citoyens, et son histoire apporte d’utiles leçons pournos démocraties modernes.

Elle illustre qu’en tant qu’entreprise commune, une société démocratique est une entité vivante qui ne permet pas de définition d’un état final, d’utopie. Sa spécificité, spécialement ses procédures (voter etc.) doivent s’adapter aux circonstances de la société et changer en fonction de ces circonstances. Elle ne peut être imposé mais doit évoluer et constamment prouver sa viabilité à travers son pouvoir de prévenir toute rupture interne et de résister aux attaques venant d’autres formes d’organisation. C’est seulement par le succès de son applications qu’elle peut encourager d’autres à l’adopter. Elle ne peut être produit d’exportation. Quelles que soient ses spécificités, elle doit toujours préserver l’essence, les principes qui la distingue des autres formes d’organisation.

 

Billet 3 Le Principe démocratique

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