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18/12/2013

L'essence de la démocratie (V) par Peter Pappenheim

 

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Billet I L'introduction

 Billet IV La démocratie est une culture, inclus une éthique et morale

 

5- LA DÉMOCRATIE PEUT ELLE FONCTIONNER ?

 

Répétons-le : les démocraties occidentales ont pu se développer et fleurir en raison des circonstances exceptionnellement favorables qui ont présidé à leur naissance : terres en quantité, ressources naturelles et un développement technique qui a produit des richesses nouvelles à un degré assez rapide pour compenser l’accroissement démographique, mais assez lent pour permettre à la société de s’y adapter. Pour des démocraties occidentales, ces jours sont enfuis, et pour le reste du monde, ils n’ont jamais existé. Le chaos qui résulte d’un manque d’une vue réaliste et commun sur la démocratie se révèle tous les jours dans nos journaux. La victoire sur le totalitarisme a privé les démocraties de la force centripète des ennemis extérieurs et a révélé sa pleine faiblesse, par exemple, notre incapacité à prévenir ou agir rapidement et effectivement en face des problèmes d’environnement ou des crises politiques et humanitaires. La plus dramatique illustration en est notre impuissance à aider les anciens pays communistes et d’autres dictatures dans leur transition démocratique.

La démocratie peut-elle survivre ? Certains des plus brillants penseurs en doutent (Guéhenno“La fin de la démocratie”, John Gray “Black Mass”). De fait, l’état courant de notre monde n’indique en rien qu’ils aient tort. Le coupable principal de la vulnérabilité de la démocratie est la théorie selon laquelle le gouvernement démocratique est un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Une autre erreur est que cette théorie implique une démocratie multi partis comme nos démocraties occidentales.

 


 

Mais, en fait, le gouvernement n’est jamais ‘par le peuple’. Le peuple ne veut pas du tout être gouverné du tout, sauf à la suite d’un accord. Nous croyons qu’en exerçant nos droits de vote, et en obéissant aux lois ainsi décrétées, nous avons rempli notre devoir de démocrate, ou que nous pouvons régler nos problèmes en changeant nos procédures électorales. C’est une idée insensée pour qui considère la complexité d’une société moderne et les paradoxes qu’entraîne une démocratie. Celle-ci ne peut être “construite”,elle doit pouvoir se développer organiquement comme tout système vivant. Il fallut à la Suisse plus d’un millénaire, et ce n’est pas fini. Ainsi, à la question : “la démocratie peut-elle survivre ?”, la réponse est “non, pas dans son état actuel”.La faute n’est pas imputable au principe démocratique.

Le principe démocratique (chapitre 2) est non seulement nécessaire mais également suffisant pour prendre toutes les décisions sociales valables :

- nous pouvons prendre toutes les décisions vitales. Du fait que nous nous sommes entendus pour une société viable, les décisions impliquant la viabilité n’exigent pas un consensus, à condition d’avoir été prises en appliquant des règles respectant l’égalité subjective de tous les membres.

- Nous pouvons prendre toute décision non vitale mais valable (voir le prochain paragraphe).

- Nous pouvons en déduire les principes de morale et de justice (voir plus haut) aussi bien que les tâches que l’État doit remplir en y incluant les éléments d’une politique démocratique des revenus (voir 6, etc.).

La plupart des décisions n’engagent pas la survie de la société et sont donc non-vitales.

La jalousie ne constitue pas une objection légitime dans une démocratie, car elle dérive d’une attitude non-coopérative aux détriment la société. Des décisions non-vitales peuvent être prises tant qu’elles ne lèsent personne. Ce n’est possible que si le résultat net de la décision est assez positif pour l’ensemble de la société afin de lui permettre de compenser toute perte chez tout objecteur, qui perd ainsi la justification deson désaccord. Les décisions qui ne satisfont pas cette condition sont par définition sans valeur. Des justifications se référant à un principe quelconque plus élevé ou à une autorité supérieure sont par définition en contradiction avec la démocratie, quel que soit le nombre de ses partisans. Ainsi, la religion ne constitue un argument valable que dans une théocratie. Le principe démocratique est par conséquent nécessaire et suffisant pour définir une démocratie : les communautés respectant ces principes peuvent être viables et prospères mais ne peuvent jamais être totalitaires, et les régimes totalitaires ne peuvent jamais se targuer de satisfaire aux critères démocratiques.

La volonté du peuple est souvent considérée comme le fondement de la démocratie. En tant que tel, il ne s’agit que d’un mythe romantique ; n’existent que des volontés particulières en société. Avec une seule exception : définies comme association volontaire, toutes les démocrates partagent une volonté : de vivre dans une société démocratique. Pourtant, la démocratie, en tant qu’expression de la volonté du peuple, possède un attrait presque universel, et avec raison. Kant nous donne la solution de ce paradoxe apparent : il faut distinguer la volonté du désir. Nous avons beaucoup de désirs. Un désir se transforme en volonté si nous sommes prêts à faire ce qu’il faut pour le réaliser. Dans une démocratie comme nous l’avons définie, pour qu’un désir devienne une volonté, il faut s’assurer que sa réalisation ne se fera pas au détriment des autres. Si les intérêts divergent sur un sujet, nous devons chercher un accord par des négociations honnêtes qui sont le pilier la démocratie. Le résultat est une décision que personne ne peut voir une objection légitime. En cas de succès, cette décision exprime la “volonté du peuple”. La tâche de notre constitution et des procédures qui en sont déduites, c’est précisément d’apporter un cadre pour de telles négociations honnêtes.

 

 

Billet VI Les procedures ne sont que des moyens pour le fonctionnement d'une démocratie 

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