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31/12/2013

L'essence de la démocratie (X, XI et XII) par Peter Pappenheim

 

 

 Billet I L'introduction

 Billet IX Une combinaison désastreuse, les partis politiques et melanger les faits et les intérêts.

 

10 - ARGUMENTATION DÉMOCRATIQUE

Elle nécessite qu’établir les faits et réaliser la balance entre les intérêts soient deux processus séparés. Toute décision implique un but, un objectif, ainsi que les moyens pour l’atteindre ; il faut tenir compte à la fois des intérêts personnels et des faits. Dans une démocratie, un accord sur ces sujets doit être réalisé par une discussion qui satisfasse le principe démocratique. Balancer les intérêts (individuels ou de groupe), les uns par rapport aux autres, se fait par des négociations ; en cas de sujets publics, par la politique. Pour mériter la qualification de ‘démocratique et équitable', tous les citoyens doivent avoir la possibilité d’évaluer correctement les arguments quant aux moyens, en termes de leurs propres valeurs et intérêts. Ils ne le peuvent que si les faits évoqués dans la discussion sont aussi “véridiques” que possible, qu’ils ne soient pas biaisés par des intérêts ou valeurs privés, que ils soient aussi objectifs que possible. De toutes façons, l’objectivité dans l’établissement des faits pour aboutir à une décision est un préalable pour maximiser la probabilité d’atteindre son, être efficace.

En pratique, s’efforcer d’être objectif dans l’établissement des faits implique d’éliminer dans toute l’étendue possible tous les éléments subjectifs, y compris les appels aux sentiments. Ce qui reste d’éléments subjectifs doit être déclaré de façon explicite. Pour réaliser cette condition, les relations de déduction entre les faits doivent suivre les règles formelles de logique et de mathématiques. L’exigence d’une objectivité maximale ne peut être satisfaite que si et seulement si l’établissement des faits est dissocié de l’évaluation des intérêts, de la politique, une condition qui n’est pas reconnue, encore moins réalisée dans la pratique quotidienne. A qui incomberait la responsabilité d’établir les faits qui ne sont pas à la protée de chacun ?

 

11- LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE LA SCIENCE.

Tout citoyen constatant un mensonge ou une erreur involontaire dans des affirmations se doit de le déclarer et d’essayer de rétablir la vérité. La plupart des faits nécessaires à une décision sociale dans nos sociétés modernes échappent à toute observation directe.

En conséquence, nous devons mettre en jeu des théories scientifiques et en certains cas philosophiques, et des faits scientifiquement établis. Comme nous l’avons dit, aujourd’hui un homme politique peut presque toujours trouver un scientifique accrédité et souvent éminent pour lui fournir des faits qui fortifient la politique qu’il a choisi.

En physique et chimie, la plupart des lois scientifiques sont généralement acceptées parce qu’elles ont survécues avec succès la confrontation avec les faits. Même là, leur application dans des situations spécifiques laisse souvent suffisamment de latitude pour biaiser la conclusion. La discussion sur le climat en est un bon exemple. Dans les sciences sociales, il n ‘y a peu, ou peut-être aucune, théorie ou fait allégué qui ne soient incontestés, et encore moins de théories qui puissent être définitivement jugée par une confrontation avec les faits. Pour beaucoup d’entre elles, l’analyse de leurs axiomes et déductions peut révéler leur invalidité. La même analyse, combinée avec les faits valables qui sont disponible, nous autorise souvent à classer celles qui survivent en termes de probabilité, au minimum en une des trois classes ‘improbable’, ‘probable’ ou indécidable. La responsabilité de cette fonction de sélection n’est pas même reconnue par la science, encore moins recherchée. Pour remplir cette tâche, les scientifiques et les philosophes doivent s’entendre sur la méthodologie, connaître et comprendre le savoir d’aujourd’hui, et finalement être entraînés à l’évaluation de leurs propositions et à leur traduction en déclarations qui puissent être comprises par un public raisonnablement éduqué. Pour rester objectifs et être reconnus comme tels, ils doivent constituer des groupes indépendants et formuler des conclusions contenant de quoi vérifier leur fiabilité, confirmée par tous les autres membres.

Un beau rêve ? Rappelez vous que la ne cherche pas la perfection, mais est l’art du possible et repose sur l’espoir que cela sera suffisant pour une décision valable. Cet espoir s’appuie sur deux hypothèses :

1) Qu’il existe un nombre suffisant de scientifiques volontaires et capables de s’atteler à cette tâche parce qu’ils ont le souci de la démocratie. Sinon, toute démocratie en tant qu’expression de la volonté de ses membres est condamnée, une éventualité que seuls les optimistes avec oeillères pourraient exclure.

2) Qu’ils soient capables de conclure un accord. Tout montre que, la physique mise à part, il n’existe guère de sujets sur lequel tous les scientifiques s’accordent. Le manque d’accord peut avoir seulement deux causes : l’objet de l’accord est de nature non décidable, même en termes de vraisemblance (‘verisimilitude’), étant donné notre connaissance actuelle à son sujet. Dans ce cas, faut donc reconnaître cette indécidabilité.

L’autre possibilité est le manque de volonté d’un participant de parvenir à un accord. La preuve de sa mauvaise volonté évidente justifie son exclusion. Il y aura toujours des décisions qu’il faut prendre sans connaissance adéquate des conséquences probables des politiques disponibles. L’accord sur le fait que le sujet est indécidable est aussi une forme de connaissance, car la décision devra en tenir compte et se tourner vers ces théories règles et usances adaptées à cette situation, par exemple organiser un référendum. Même jeter un dé est préférable à tout argument qui promet une fausse sécurité et réduit la probabilité de choisir une alternative susceptible de produire un meilleur résultat.

La raison principale qui fait que cette possibilité de s’accorder sur les faits n’est pas irréaliste, est qu’un accord sur les faits concernant toutes les décisions n’est pas nécessaire : il s’agit seulement des cas ou il n’y a pas d’accord au sujet des faits, ou quand l’accord sur les faits est à l’évidence ‘politique’, biaisé. Même alors, l’existence d’un contrôle effectif de l’exactitude des déclarations de faits augmente leur coût de manipulation, surtout si un dossier est maintenu des coupables. On peut souvent exposer facilement un manque de réalisme. Un exemple est l’euro : on s’attend à ce qu’un seul pourcentage maximal de déficit autorisé - et donc indépendent de l’état de la conjoncture et sanctionné par la menace d’une amende à payer par un pays déjà trop endetté - pourra suffire à garantir la stabilité de l’euro. Un autre exemple est cité au paragraphe 13 “économie”. Et ce n’est pas irréaliste parce que on ne vise pas la perfection, on ne cherche pas l’optimisation, on ne promet pas la vérité, mais seulement l’élimination des théories et des faits erronés. Son principal but est d’éviter les désastres issus d’une fausse présentation des faits. Il faut le concevoir comme un procès évolutif ou un succès augmentera la probabilité d’autres succès. Ainsi il y a beaucoup de possibilités d’obtenir des accords avec relativement peu de coût. Il est donc possible de réaliser cette fonction, pourvu qu’on trouve assez de personnalités capables qui soientdisposées à sacrifier une part de leur temps à un tel projet, sans perspectives d’argent ou de renommée, et sans préjugés, uniquement en faveur d’une société en bonne santé et de préférence démocratique (Julien Benda’s clercs intègres qu’il a déclarés éteints ; a t’il raison ?)

 

 

 


12- CONCLUSION : LA DÉMOCRATIE DOIT ETRE MERITEE.

Comme toute chose de grande valeur, la démocratie a un prix. Elle ne s’épanouira que si suffisamment de gens, surtout des scientifiques et des philosophes, ne se contentent pas d’un souhait de démocratie mais la veulent réellement et sont prêts à en payer le prix, à livrer les efforts nécessaires pour remplir les devoirs qui, dans la démocratie, vont de pair avec tout droit.

Le premier prix véritable à payer est le sujet de ce travail : s’entendre sur une définition opératoire et efficace de notre objectif, qui est la démocratie, en y incluant toutes les conséquences à déduire directement de cette définition. La démocratie moderne est menacée en fait par deux idéologies : l’islam politique et l’amalgame de la démocratie avec l’économie de marché capitaliste, sans aucune contrainte, ainsi que par d’autres formes de dogmatismes.

 

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