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30/11/2015

Penser tout haut l’économie avec Keynes, de Paul Jorion, éd. Odile Jacob, 2015, Une synthèse, par Roberto Boulant

Prit du blog de Paul Jorion

 

Billet invité.

Le livre de Paul Jorion au travers la vie et l’œuvre de John Maynard Keynes, nous parle de la genèse de la pseudo ‘science économique’, et comment bien que reposant sur des postulats erronés, elle réussit à métastaser dans tous les secteurs de nos sociétés. Jusqu’à nous amener aujourd’hui au bord du gouffre.

Mais Penser tout haut l’économie avec Keynes, nous incite au contraire à ne pas désespérer. En nous montrant ce qu’une éducation pétrie d’une longue tradition d’humanisme, peut apporter aux hommes en les obligeant à s’élever au-dessus de leur égoïsme de classe. Comment elle tend alors à dissiper l’épaisse et aveuglante fumée de nos croyances, celles qui nous cachent l’accaparement des richesses par quelques-uns.

 

A contrario, en faisant revivre d’une manière originale la pensée de Keynes, Paul Jorion nous réapprend une leçon essentielle : il ne saurait y avoir d’économie viable, qu’au service du bien commun.

C’est pourquoi, en toute subjectivité, j’ai voulu écrire ces notes. Pour faire partager le plaisir que j’ai éprouvé en tant que lecteur, à me réapproprier le présent au travers du passé. Afin de pouvoir penser un avenir commun. Ensemble !

Rien que pour cela, ce livre mériterait d’être remboursé par la sécurité sociale. 

De l’économie politique, à la pseudo-science économique

Ce livre nous parle du plus gigantesque tour de passe-passe de tous les temps. Celui qui a vu une économie politique, véritable science au service du bien commun, être remplacée par la pseudo-science économique, véritable escroquerie au service d’une infime, mais désormais toute puissante, kleptocratie.

Et comment mieux décrire notre époque de nouvelles ténèbres, qui voit les inégalités et les injustices grandir et qui amène l’humanité au bord du gouffre, qu’en parlant de la lumière ? Non pas de la froide lumière idéelle et calculatrice distillée par nos écrans, mais de la fragile et vacillante lumière de l’esprit humain. Celle de l’intelligence d’un homme pétri d’humanisme et formé aux meilleures écoles de son temps, celle du plus célèbre des inconnus : John Maynard Keynes. 

Et il fallait bien l’érudition d’un Paul Jorion, qui a pris la peine de lire et d’étudier dans le texte la pensée de Keynes, pour réaliser ce tour de force : remettre au jour la vieille science oubliée pour nous libérer de nos modernes chaînes de la prétendue « science » économique, et de sa gargouille-croquemitaine, TINA.

C’est en cela que ce livre est passionnant, parce que sans jargon et dans un langage clair, il nous parle d’histoire, d’économie, des hommes et de leurs sociétés. Il nous oblige à nous rendre compte combien les idées que nous prenons pour évidentes sont le fruit d’une construction idéologique maintenant au service d’une caste.

Au travers de plus d’un demi-siècle d’histoire faite de bruit et de fureur, traversé par deux guerres mondiales, Paul Jorion nous fait suivre le chemin de l’homme Keynes, à la personnalité si attachante et si so british pour un lecteur francophone. Il nous donne à voir le cheminement de sa pensée, de ses fulgurances, de ses doutes, mais également de ses erreurs. Il nous donne à voir un monde disparu, un autre qui aurait pu advenir à la chute du nazisme, mais qui ne fut jamais de par la volonté américaine. Il nous donne à comprendre pour pouvoir mieux agir. Un cadeau inestimable à l’heure où le statu quo ante n’est plus possible.

Penser tout haut l’économie avec Keynes, mais aussi avec Paul Jorion et tous les humains de bonne volonté, qui veulent un avenir et un monde vivable pour leurs enfants.

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08/12/2014

Keynes : Le « profit comptable » nous empêche de voir grand (Blog de Paul Jorion)

 

Ouvert aux commentaires.

Le 19 avril 1933, John Maynard Keynes est invité à donner la première des « Finlay Lectures » à University College à Dublin. Dans cette conférence, il évoque spécifiquement la situation irlandaise. Il en réécrira le texte, en le décontextualisant et en en généralisant le propos. L’article paraît sous le titre de « National Self-Sufficiency », l’autosuffisance nationale, dans deux numéros successifs du New Statesman : le 8 et le 15 juillet ; il paraît également aux États-Unis, dans la Yale Review dont le numéro est daté de juin 1933.

Keynes se prononce en faveur de l’autosuffisance. Il s’enflamme à son habitude contre la libre circulation des capitaux à vocation spéculative et déclare que

« Je me range […] aux côtés de ceux qui voudraient restreindre l’intrication des nations, plutôt que de ceux qui voudraient la voir s’étendre. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, les voyages – telles sont les choses qui de par leur nature devraient être internationales. Mais faisons en sorte que ce qui peut être fait chez soi le soit autant qu’il est raisonnable et pratique de le faire, et, surtout, faisons en sorte que la finance soit essentiellement nationale » (Keynes [1933] 1982 : 236).

Les propos sont convenus et ne reflètent guère l’enthousiasme qui caractérise généralement les interventions orales de Keynes. On ne peut manquer de se demander si le thème de l’autosuffisance ne lui a pas été imposé par le cadre ou par ses hôtes et qu’il se contente là de les obliger.

Autre sujet dont il se débarrasse rapidement : le capitalisme, haïssable sans aucun doute mais difficilement remplaçable et qu’il vaut mieux, du moins pour l’instant, réparer plutôt qu’éliminer purement et simplement :

« Le capitalisme international, décadent mais individualiste, dans les mains duquel nous nous sommes retrouvés après la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux – ni ne remplit ses promesses. Bref, nous ne l’aimons pas, et nous nous mettons même à le haïr. Mais lorsque nous nous demandons ce qu’il faudrait mettre à la place, nous sommes aussitôt plongés dans la perplexité » (ibid. 239).

Les mots les plus durs de cette intervention viseront d’ailleurs un tout autre adversaire : le communisme soviétique,

« … la Russie aujourd’hui présente le pire exemple que le monde ait, peut-être, jamais connu, d’incompétence administrative et du sacrifice à des esprits ossifiés de pratiquement tout ce qui fait que la vie vaut d’être vécue » (ibid. 243-244),

… et son chef de file, à la pensée duquel Keynes devient lyrique :

« Staline s’est débarrassé de tout esprit indépendant ou critique, y compris de ceux qui lui étaient favorables sur un plan général. Il a créé un environnement au sein duquel le fonctionnement de l’esprit est atrophié. Les circonvolutions flexibles du cerveau s’y sont figées en bois. Le braillement démultiplié des haut-parleurs remplace les inflexions nuancées de la voix humaine. La rengaine de la propagande ennuie les oiseaux et les animaux des champs eux-mêmes, jusqu’à la paralysie » (ibid. 246).

Hitler s’en sort presque à meilleur compte :

« L’Allemagne est à la merci d’irresponsables déchaînés – même s’il est trop tôt pour juger sa capacité à réussir » (ibid. 244).

… tandis que Mussolini bénéficie d’un quasi-satisfecit :

« Mussolini, peut-être, est en train de gagner ses dents de sagesse » (ibid. 243).

 

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05/08/2013

Conférence de Paul Jorion sur John Maynard Keynes

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09/06/2012

Silvio Gesell un économiste ni capitaliste, ni communiste, un économiste du futur

Un petit introduction d'ailleurs:

Silvio Gesell (wikipedia)

Silvio Gesell un prédécesseur de Keynes, un article de Denis Clerc et Johannes Finck (paru Alternatives économiques 1998)

La vision de Silvio Gesell par le blog construire un système financier équitable

Le livre le "plus important" de Silvio Gesell, L'ordre économique naturel

Margrit Kennedy, Interest and inflation free money (1995)

People money, the promise of regional currencies by Bernard Lietaer, Magrit Kennedy and John Rogers

If Money rules the world, who rules money?  by Margrit Kennedy

Expériment avec l'argent fondante à Worgl.

Quelque visions autre sur la pensée économique de Silvio Gesell

Une article sur le blog l'âme du capitalisme de Pierre Sarton du Jonchay

Paul Jorion sur Silvio Gesell I, II, III, IV et V avec dans le commentaires une citation de Keynes au sujèt de Silvio Gesell

 

 

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Yes, to a parallel currency approach for Greece

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